Histoire

Le rococo gantois

Majestueusement dressé sur la Place d’Armes (Kouter), l’hôtel Falligan témoigne du passé brillant de Gand au siècle des Lumières. Sous le sceptre des Habsbourg d’Autriche, la ville retrouve un dynamisme qui lui permet de nouvelles formes de commerce, notamment grâce aux nouveaux canaux de la Coupure permettant l’accès direct à la mer par Bruges et Ostende. D’autre part, l’octroi de nouveaux droits mit un certain frein à la toute-puissance des guildes et encouragea une forme de libéralisme avant l’heure.

Enfin, Gand disposait d’un fameux patrimoine bâti religieux et civil datant des siècles précédents. Par contre, les demeures privées étaient souvent devenues obsolètes, le développement de nouvelles technologies, le goût évoluant vers plus de confort et d’intimité dans un esprit plus individualiste conduisit les nouveaux patriciens de la ville à bâtir de prestigieux hôtels particuliers dans les goûts parisien et viennois.

Mais dans cette atmosphère éclairée, c’était l’influence de la France, disons de Paris, qui prépondérait, il régnait dans ces demeures une harmonie raffinée et luxueuse. L’occasion aujourd’hui encore, de rendre hommage au savoir-faire des artisans dont le travail peut toujours, à maints endroits, être admiré.

Quelques mots sur les Falligan

Hector Falligan originaire de l’Anjou acquiert en 1754 une demeure patricienne sur le Kauter. Cette place, légèrement surélevée, s’étend depuis toujours au cœur de la ville et accueillit dès le Moyen-Âge de belles maisons patriciennes. L’épouse d’Hector Falligan, Agnès de Pestre, était la fille d’un important actionnaire de la compagnie d’Ostende.

Le couple introduisit une demande de permis de bâtir à la ville qui avait établi à l’époque une politique de primes d’embellissement. Non, ce n’est pas par hasard qu’apparurent alors, à Gand plusieurs hôtels particuliers. La ville, les échevins de la Keure, encourageaient ces entreprises par l’instauration d’ un système de primes. « L’embellissement » de la demeure des Falligan prit plutôt l’allure d’une transformation totale de l’immeuble dont seules subsistent les caves voûtées du XVème siècle.

L’hôtel Falligan

L’hôtel Falligan dispose de plusieurs salons pouvant être loués pour des réunions familiales, professionnelles ou amicales. Ces salons ont une longue histoire, ils ont été peu transformés au cours des années, ce qui leur confère une ambiance très particulière et vous plongent dans le siècle des Lumières, en plein XVIIIème siècle. Ce n’est pas par hasard que Gand voit apparaître au cœur de la ville plusieurs de ces hôtels particuliers : d’Hane-Steenhuyse, Verhaegen-Lammens, Vanden Meersche,  etc. présentant ces mêmes caractéristiques dont la prépondérance du goût français.

Marie Frederiq-Lilar , historienne d’art et grande spécialiste du XVIII ième siècle, présente l’Hôtel Falligan comme la perle du rococo gantois.

Vous y retrouverez les salons en enfilade, la recherche de la lumière avec les grandes fenêtres, l’agencement intérieur des salons ornés de miroirs, de lustres en cristal, de toiles peintes par les maîtres van Reysschoot, d’un mobilier, mobile effectivement et pouvant être déplacé à l’envi et selon les activités du jour. Les artisans accordaient leur travail afin d’atteindre une harmonie générale du sol au plafond !
L’hôtel Falligan peut être visité sur demande. Pour en savoir plus, cliquez ici pour plus de renseignements quant à la demande de visite privée ou la location des salons.

Le premier étage

Les espaces situés au premier étage de l’hôtel Falligan sont loués depuis 2011 au réputé galeriste Francis Maere, spécialisé dans l’art des peintres de la Lys. En arrivant sur le palier, après avoir gravi le magnifique escalier, la vue est pourrait-on dire imprenable sur l’ensemble intérieur qui s’offre à nos yeux. Plusieurs portes ouvrent l’ accès aux salons proprement dits.
Le bel-étage garde ainsi depuis toujours sa fonction alliant le prestige et l’aspect privé, exclusif de l’habitat. Du temps d’Hector et Agnès Falligan, c’est là que se situaient leurs appartements privés, bien sûr avec vue directe sur le Kauter ou l’idée de voir sans être vu !

Ces espaces ont été restaurés avec soin par Francis Maere. La blancheur immaculée des murs contraste avec le sombre chêne des portes et des parquets. Les salons ont été aménagés afin de mettre en valeur les œuvres souvent très colorées qu’affiche le galeriste, la sobriété était de mise et on le comprend aisément. Toutefois, en regardant bien, on découvre un agencement des pièces ingénieux, un raffinement dans l’application des stucs, l’arrondi des portes, les armoires dissimulées… Bref, on y retrouve l’empreinte déjà découverte au rez-de-chaussée : l’ étiquette autrefois très stricte s’est adoucie sous le siècle des lumières et le raffinement est omniprésent, aucun élément n’est laissé au hasard, tout est pensé, réfléchi.

Les écuries

Le Club Falligan a entrepris la restauration des écuries en 2013. Ce bâtiment, maintenu en état depuis longtemps fut affublé d’une porte de garage automatique dans la seconde moitié du XXème siècle afin d’offrir une possibilité de parking commode et privatif aux membres du Club. Les murs en brique sombre affichait côté rue de l’Université, une façade assez spartiate, plus tardive et directement inspirée du directoire. En revanche, la façade qui apparaît à l’intérieur est bien dans son jus, plutôt de style régence, joliment incurvée et rythmée par les colonnes corinthiennes lui octroyant un aspect solennel. Hector et Agnès Falligan sont toujours bien présents car ce sont leurs armes accolées qui apparaissent sur le tympan au-dessus de la porte cochère.
Les écuries restaurées sont prêtes à ouvrir une nouvelle page de leur histoire dès qu’elles auront trouvé leur locataire idéal.

Histoire de la société Littéraire de Gand, le Club Falligan

Qualifié de « plus beau club d’Europe », le Club Falligan est également l’un des plus anciens puisque la fondation de la Société de Gand remonte au 12 novembre 1782 et qu’elle fusionna en 1802 avec la Société Littéraire, fondée elle en 1790. La société civile de l’hôtel Falligan réunissant ces deux sociétés se rendit acquéreur de l’immeuble en 1804. Parmi les règles de bon usage des sociétés heureuses de reprendre leurs activités après la tourmente révolutionnaire, nous retenons celle-ci, toujours expressive de la qualité du Club Falligan : « Il était prévu que la bonne harmonie entre les sociétaires devait régner par une humeur douce, la philanthropie et une politesse naturelle… ». De génération en génération, les descendants de ceux qui furent à l’origine de cette acquisition et les membres actuels veillent soigneusement à la conservation de cette perle du rococo gantois dû au goût et à la fortune des Falligan, esprits éclairés du XVIIIème siècle. Ah, s’ils savaient combien l’embellissement de leur demeure était de nos jours apprécié et admiré, bien au-delà de ce qu’ils s’étaient imaginés ! Au XXIème siècle, le « Club » est animé par le chiffre stable d’environ 300 membres. Lors de sa création, la Société littéraire accueillit quelques 240 membres… Il y règne une ambiance amicale et conviviale, différentes activités culturelles sont inscrites à l’agenda : conférences, concerts suivis d’une collation ou d’un repas partagé. Les adhésions se font par invitation personnelle de la part des membres.

En 2013, la Société des Redoutes de Gand a fusionné avec la le Club Falligan. La renommée des Redoutes de Gand n’est plus à faire. En effet, elle s’est illustrée par le passé dans l’organisation d’un grand nombre de bals qui se déroulaient dans la Salle des Redoutes de l’Opéra de Gand. Sans oublier la belle époque des célèbres bals des Floralies gantoises réunissant jusqu’à trois mille invités.
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